« Dans mon chagrin, rien n’est en mouvement »
Dans mon chagrin, rien n’est en mouvementJ’attends, personne ne viendraNi de jour, ni de nuitNi jamais plus de ce qui fut moi-mêmeMes yeux se sont séparés de tes yeuxIls perdent leur confiance, ils perdent leur lumièreMa bouche s’est séparée de ta boucheMa bouche s’est séparée du plaisirEt du sens de l’amour, et du sens de la vieMes mains se sont séparées de tes mainsMes mains laissent tout échapperMes pieds se sont séparés de tes piedsIls n’avanceront plus, il n’y a plus de routeIls ne connaîtront plus mon poids, ni le reposIl m’est donné de voir ma vie finirAvec la tienneMa vie en ton pouvoirQue j’ai crue infinieEt l’avenir mon seul espoir c’est mon tombeauPareil au tien cerné d’un monde indifférentJ’étais si près de toi que j’ai froid près des autres.
Paul Éluard
« Ma morte vivante »
? Le 28 novembre 1946, Nusch Éluard meurt d’une hémorragie cérébrale en pleine rue, à Paris. Elle n’a que quarante ans. Son mari Paul est absent, en Suisse, où il prononce une conférence. Il vient d’entrer en enfer. Jamais il ne s’en remettra.